« Je me brade » : ce que les avocats peuvent parfois ressentir


« Je me brade » : ce que les avocats peuvent parfois ressentir

« Je me brade » : ce que les avocats peuvent parfois ressentir

Chaque année, avant d’entrer en supervision, des avocats décrivent par écrit ce qui pèse sur leur exercice. Leurs mots sont d’une précision rare. Voici ce qu’ils disent, et ce qui change quand on commence à en parler.

Le client qui ne s’arrête jamais

« Les mails, textos, WhatsApp non stop. » « Le besoin des clients que je sois disponible 24/24. »

C’est la plainte qui revient le plus souvent. Le client en crise attend de son avocat une présence permanente. Et l’avocat, par conscience professionnelle, finit par l’accepter. Jusqu’au jour où il ne sait plus où s’arrête son cabinet et où commence sa vie.

Une avocate en droit de la famille l’écrit sans détour : elle souhaite « choisir ses clients et leur mettre un cadre pour éviter tout débordement ».

L’agressivité que l’on reçoit

« L’agressivité qu’ils portent et me communiquent, qui ne m’est pas adressée mais que je reçois. »

Tout est dit. En droit de la famille, en pénal, en dommage corporel, l’avocat accueille des personnes en détresse. Leur colère, leur peur, leur désespoir ne lui sont pas destinés, mais c’est lui qui les absorbe. À force, cela a un nom : l’usure vicariante. Être affecté par la souffrance qu’on accompagne, sans s’en rendre compte sur le moment.

L’argent, ce tabou

« J’avais du mal à facturer mes prestations. Parfois, je me brade. »Retour ligne manuel
« Être plus claire sur les honoraires et ce que vaut mon travail. »

Et cette phrase, d’une précision juridique parfaite : « Quand le temps prévu à la convention d’honoraires va être dépassé, être capable d’avertir tout de suite le client, pour pouvoir facturer sereinement. »

La difficulté n’est pas technique : tout avocat sait rédiger une convention. Elle est relationnelle. Oser parler d’argent à quelqu’un qui souffre, c’est une autre affaire.

Le confrère qui prend toute la place

« Certains confrères ont tendance à prendre beaucoup de place et à écraser les autres. » « Les manœuvres dilatoires, les stratégies en douce. »

Derrière ces phrases, souvent, un doute plus intime : le sentiment de ne pas être à la hauteur, alors même qu’on est compétent.

Encaisser pour tout le monde

« Arrêter d’encaisser pour tout le monde. »Retour ligne manuel
« Me dire que ce n’est pas ma vie, pas ma faute, que je ne peux pas sauver tout le monde. »Retour ligne manuel
« Ces derniers mois, je n’ai plus beaucoup de plaisir à exercer, alors que j’adore mon métier. »

Ce ne sont pas des avocats en difficulté. Ce sont des professionnels engagés, qui portent beaucoup, et souvent seuls.

Ce qui change

Quelques mois de supervision plus tard, les mots ne sont plus les mêmes :

« Je cadre plus dès les premiers rendez-vous. Je pose mon cadre et j’essaie de le tenir ensuite. »Retour ligne manuel
« J’ai réussi à me sentir plus solide pour refuser ou prendre des dossiers, ou recadrer le client. »Retour ligne manuel
« Je déjoue plus facilement les pièges que les clients tendent parfois inconsciemment. »Retour ligne manuel
« J’ai pris conscience que j’ai la main, que je peux ne pas subir. »

Rien de magique dans ce changement. Un groupe fermé de six avocats. Un regard croisé sur ce qui se joue : ce que le client ne dit pas, la « boucle » dans laquelle il vous entraîne, la place que vous prenez sans le savoir.

Et la découverte, pour beaucoup, qu’on n’est pas seul. Une participante le résume ainsi : la supervision permet de « briser le sentiment de solitude dans l’exercice ».

Et vous ?

Si l’une de ces phrases vous a parlé, c’est peut-être qu’elle aurait pu être la vôtre.

Être supervisé n’est pas un aveu de faiblesse. C’est être pro.

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